Les mangeuses affamées

 

 

Les mangeuses affamées est une collaboration avec Caroline Boileau, une série d’actions et de déambulations performatives réalisées à deux dans des lieux publics intérieurs et extérieurs.

Présenté dans le cadre de L’atelier partagé à La Centrale Galerie Powerhouse du 5 au 26 mai 2017

 

Les mangeuses affamées est un projet performatif qui interroge notre rapport à la nourriture, à la politique de sa préparation, aux rituels qui l’organisent, aux décoctions possibles entre les actions de nourrir, de sustenter et de soulager. La nourriture convoquée ici doit aussi être comprise de façon métaphorique : nourriture pour les sens, pour l’esprit, pour une autre façon de concevoir et de prendre soin de soi, de nous, des autres.

Notre posture est à la fois artistique et politique. Lorsqu’il n’y a rien à se mettre sous la dent, peut-on se sustenter uniquement en performant le repas, en imaginant le festin, en invoquant la soupe ? Vraies soupes partagées avec les passants mais aussi bouillons de sorcières puants et indigestes, offerts comme métaphores de notre rapport trouble à la nourriture (et à la société) ; à sa préparation (au travail), à son manque (échec) ou à son excès (succès) ; aux corps qui  l’inventent, la préparent et l’ingèrent (nous, citoyennes et citoyens).

Les mangeuses affamées est aussi une installation déambulative rassemblant différents objets qui sont manipulés, offerts, glanés, transformés. Comme point central des actions, une table (à la fois atelier, laboratoire et cuisine) se déplace et se déploie d’un espace à l’autre. Les objets qu’elle rassemble s’organisent et se désorganisent au gré des jours et des interactions avec les passants. L’installation, qui mime les rituels du repas comme de l’atelier, dérape et glisse du train-train quotidien au tragi-comique. Après avoir trimballé meubles, outils et ustensiles d’un lieu à l’autre, nous mélangeons tout et oublions à quels mondes appartiennent les objets disposés devant nous. À qui est destiné ce repas dont l’ampleur évoque autant un territoire à explorer qu’un étrange paysage à habiter ? Mangeuses affamées, nous cherchons à vivre la transaction et la négociation d’actions en temps vif. Entre nous et avec le public, quelles transformations s’opèrent alors ?

Nous sommes deux femmes artistes cherchant, à travers les rituels de la performance dans l’art comme dans la vie, à repenser savoirs et manières de faire. À partir d’une position féministe, nous nous questionnons sur l’importance et la qualité d’un espace partagé où l’on peut travailler côte-à-côte, ensemble, à imaginer quelque chose qui aurait été impossible seules. Nous utilisons le rituel comme action cherchant à construire une présence. Nous travaillons ensemble autour d’une recherche ouverte dont la finalité nous échappe. Nous observons la transformation (même éphémère) de l’être au contact d’un espace partagé qui comprend à la fois les particularités d’un lieu et celles des gens qui y gravitent.

Depuis de nombreuses années, nous développons, chacune de notre côté, un travail en performance et en art infiltrant qui s’ancre régulièrement dans des lieux non dédiés à l’art (rue, espaces publics extérieurs, institutions d’enseignement et liées à la santé, entre autres). Ce projet commun est né suite à notre participation au volet performance de l’événement Orange en 2015, sous le commissariat de Sylvie Tourangeau. Une complicité s’est développée et a fait naître le désir de travailler ensemble.

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